19 février 2026

LE MIRAGE NEO-REAC

Le malaise de notre époque est simple : tout sonne faux. La démocratie ressemble à un décor en carton-pâte, éclairé au néon, où il faut applaudir aux frivolités de la caste. Nous subissons chaque jour l’entre-soi, la morale à géométrie variable, la censure douce, les indignations automatiques, les débats truqués. Notre colère semble impuissante ! La farce libérale-libertaire est à l’agonie, mais refuse de mourir.

 

Mais voilà le piège, pour nous, souverainistes, populistes, identitaires, jacobins, amoureux de la France et de la vie. A force de détester le stato-libéralisme maastrichtien — ce mélange de lâcheté morale, d’impuissance politique et de pulsions marchandes — nous devenons une cible parfaite. Une cible parfaite pour une doctrine qui dit vrai sur certains symptômes, qui dénonce les mensonges structurels de l’utopie des Lumières ! Puis qui vend une sortie réaliste, qui mène, en pratique, à une solution pire que le mal.

 

Cette doctrine, c’est la néo-réaction. La NRx. Le mirage néo-réac.

 

L’académie des sciences de l’institut de France donnait une conférence sur l’IA en octobre 2025. Des gens raisonnables, l’élite intellectuelle française… Un membre du public a posé une question essentielle. Allons-nous vers une stagnation technologique durable… ou vers une rupture de type « singularité technologique » ? Réponse des experts : un haussement d’épaules. Un rire dédaigneux. Puis une réponse sans appel. La singularité technologique : une lubie de l’alt-right ! Circulez. Il n’y a rien à penser.

 

Et puis, quelques mois plus tard, janvier 2026. La même sphère sérieuse, la même académie… se met à frissonner en invitant Peter Thiel pour écouter son homélie néo-réactionnaire. Incohérence totale ! Superficialité ! L’épisode illustre combien la prétendue élite intellectuelle française est perdue dans sa tour d’ivoire. Et tout le monde va en faire les frais !

 

La singularité ne devrait pas arriver de sitôt, freinée par des limites physiques, les déceptions du quantique et la mise à l’échelle de la production d’énergie. Certes… Mais le simple fait qu’elle soit portée par les acteurs les plus puissants de la new tech la rend performative. Elle produit déjà des investissements. Des institutions. Des doctrines. Des angoisses sociales.

 

Se moquer de la singularité, c’est se moquer du réseau GAFAM, c’est-à-dire la plus grande puissance cognitive jamais réunie par l’humanité. C’est déjà perdre. Intellectuellement et politiquement.

 


Alors, qu’est-ce que la NRx, concrètement ? Un réseau idéologique, né dans les années 2000 autour des figures de Yarvin et Land, consolidé dans les années 2010, autour d’auteurs et de programmeurs, relayé désormais par une droite globalisée qui a de l’argent, des réseaux, des plateformes, et une vision.

 

Et cette vision tient sur trois piliers.

 

Pilier Un : l’accélérationnisme. La vitesse comme vertu. La friction démocratique comme vice. Le vote ? Trop lent. Le débat public ? Trop bruyant. Les contre-pouvoirs ? Trop inefficaces. Il faut aller vite. Voilà le mantra. Comme si l’Histoire était une appli à optimiser.

 

Pilier Deux : l’exit. Quand l’État et le peuple gênent, on ne réforme pas : on contourne. On fabrique des enclaves. Des zones franches. Des plateformes. Une crypto-monnaie ici, un réseau social là, une justice contractuelle, une identité numérique… On ne conquiert pas la nation : on la rend obsolète.

 

Pilier Trois : la techno-autorité. Le cœur du sujet. La gouvernance par systèmes. L’ambition réelle de la singularité. Le peuple cesse d’être un sujet politique : il devient une variable. Une donnée. Un risque. Et là, le mirage se révèle : vous croyez entrer en révolte contre la décadence. En réalité, on vous propose une sortie de la démocratie.

 

Les néo-réacs sont dangereux parce qu’ils sont géniaux. Ils recrutent sur des vérités partielles. Oui, il y a une caste : la cathédrale de Yarvin. Oui, il y a des mécanismes de conformité. Oui, il y a une liberté d’expression de plus en plus fictive. Oui, il y a une hypocrisie morale constante. Oui, on vous vend un progrès qui ressemble souvent à un recul. La Paix c’est la Guerre. La Misère c’est l’Abondance. Nous avons raison de ne plus y croire.

 

Mais la néo-réaction, au lieu de restaurer le politique, explique que le politique est mort. Au lieu de rendre la nation, elle vend la sécession. Au lieu de libérer le peuple, elle veut parquer le troupeau.

 

Soyons clairs. Le combat contre le libéralisme-libertaire doit aller au bout. Mais si la sortie consiste à dire « la démocratie est une farce, donc supprimons-la », alors c’est passer de la colère légitime à la servitude volontaire.

 

Le dilemme dystopique est désespérant.

 

D’un côté, un bloc transhumaniste décomplexé façon "Le Meilleur des Mondes". La bande à Harari, Alexandre, Zuckerberg. Programme ? La sécession des riches, la segmentation des existences, le divertissement permanent, la rente sociale, le titytainment.

 

De l’autre, un bloc néo-réac façon "1984". Le gang de Thiel, Musk, Altman. Programme ? Une techno-dictature sans visage, la gouvernance au lieu du politique, le darwinisme des communautés.

 

Ils font mine de se combattre. Mais ils ont un point commun. Le peuple comme friction. Le peuple comme problème à neutraliser.

 

Et pendant ce temps, l’Europe meurt en riant… Elle n’a qu’un réflexe : régulation ! Des plateformes. Des données. Des contenus. Des algorithmes. Régulation ! Toujours après coup. Toujours en retard. Sans jamais rien inventer.

 

Mais elle s’équipe quand même en Palantir et BlackRock. Sans réfléchir.

 

Pendant que d’autres construisent le monde réel. Des systèmes sociaux parallèles — paiement, renseignement, police, mobilité, surveillance. Des dépendances matérielles — compute, cloud, semi-conducteurs, chaînes industrielles.

 

C’est l’heure de tous les dangers pour les jeunes souverainistes, populistes, conservateurs, ceux qui ont l’instinct national, ceux qui ont compris que la nation reste le seul périmètre démocratique éprouvé.

 

Ne vous laissez pas voler votre colère.

 

Le système actuel ment, oui. Il panique, oui. Il moralise pour couvrir son vide, oui. Mais votre colère n’est pas un carburant gratuit pour une doctrine qui vous promet la force et vous prépare l’obéissance. Refusez le faux choix : libéral-libertaire ou techno-autoritaire. C’est un piège dont nous sortirons par le sérieux. Sérieux stratégiquement : comprendre que la tech n’est pas un décor, c’est une infrastructure de pouvoir via les nouveaux espaces fluides. Sérieux politiquement : bâtir une souveraineté techno-politique compatible avec la démocratie populaire.

 

Entre la comédie libérale-libertaire mourante et l’algorithme-roi promis par la Silicon Valley, il existe une troisième voie : redevenir adultes, et décider. La souveraineté numérique n’est plus une option, c’est la corde de survie. Restons les défenseurs de ce que la néo-réaction veut enterrer parce qu’elle le déteste. Le peuple. Le peuple souverain.

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