15 août 2026

LA FRANCE : UN JAVELOT À TROIS LANCES - CHARLES DE GAULLE


La France fût faite à coups d'épée. Nos pères entrèrent dans l'histoire avec le glaive de Brennus. Ce sont les armes romaines qui leur portèrent la civilisation. Grâce à la hache de Clovis, la patrie reprit conscience d'elle-même après la chute de l'Empire. La fleur de lys, symbole d'unité nationale, n'est que l'image d'un javelot à trois branches.

Mais, s'il faut la force pour bâtir un Etat, réciproquement l'effort guerrier ne vaut qu'en vertu d'une politique. Tant que le pays fût couvert de la broussaille féodale, beaucoup de sang coula aux sables stériles. Du jour où fût réalisé la conjonction d'un pouvoir fort et d'une armée solide, la France se trouva debout.

La fureur des Gaulois s'était brisée contre l'art des légions. En jetant ses armes aux pieds de César, Vercingétorix entendait, certes, parer d'un sombre éclat le deuil de l'indépendance. Peut-être voulait-il aussi que cet hommage désespéré rendu à la discipline servît à sa race d'éternelle leçon.

Le vainqueur se chargea, du reste, de développer l'enseignement. Et tandis que, pendant cinq cents ans, Rome imprimait dans nos lois, nos moeurs, notre langue, comme dans nos monuments, routes et travaux d'art, la marque de la règle et de l'autorité, elle révélait à vingt générations l'esprit de la puissance militaire.

De là l'idéal ‒ ou la nostalgie ‒ d'un Etat centralisé et d'une armée régulière, idéal que les Barbares n'effacèrent point et qui survécut aux vicissitudes.





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Charles de Gaulle, La France et son armée, Plon, Paris, 1938

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